Les systèmes de mobilité de la Préhistoire au Moyen Âge

Programme, Résumés et participants aux 35e rencontres d’Antibes

Se déplacer, transporter, échanger… Ces comportements et leur organisation ont toujours été et, à l’heure de la mondialisation, sont toujours, au cœur des systèmes socio-économiques. La mobilité constitue ainsi une thématique de recherche particulièrement heuristique pour les archéologues, les historiens et les ethnologues.

Les rencontres internationales d’Histoire et d’Archéologie d’Antibes constituent un parfait terreau pour aborder ce sujet complexe et inévitable dans nos champs disciplinaires. Ces journées jouissent en effet d’une très forte visibilité pour les différentes communautés d’historiens et d’archéologues. Elles constituent un rendez-vous attendu chaque année, notamment par les jeunes chercheurs, auxquels elles offrent un excellent moyen de diffusion de leurs travaux les plus innovants. Elles sont également réputées pour leur capacité à regrouper des communautés très diversifiées autour d’une grande question aux larges implications. La diachronie et l’interdisciplinarité sont ainsi les deux éléments structurants de ces rencontres internationales. Grâce à un important soutien des différents partenaires locaux et régionaux avec qui des relations privilégiées ont été nouées au fil du temps, ces journées bénéficient d’un fort ancrage régional et d’une excellente visibilité auprès du grand public. Dans le même temps, grâce à un comité d’organisation et un comité scientifique composés de chercheurs de rang international, elles permettent de toucher une large communauté scientifique et de bénéficier de débats de haut niveau mettant souvent en place des bases de réflexion heuristiques. Ce support constitue ainsi le cadre idéal pour appréhender la notion de mobilité dans toute sa complexité et diversité.

Ce colloque vise en effet à regrouper différentes communautés scientifiques afin d’appréhender les stratégies de mobilité dans toute leur diversité et complexité, dans le cadre d’une réflexion collective largement diachronique et interdisciplinaire. Les discussions permettront dans un premier temps de s’interroger sur les différentes formes que peut prendre la mobilité : de la dynamique de peuplement d’un continent, de la circulation d’artisans sur différentes régions, aux mouvements de population au sein d’espaces plus restreints en passant par les systèmes d’exploitation des territoires par les communautés de chasseurs-collecteurs, la mobilité regroupe une multitude de comportements aux échelles spatio-temporelles différentes et de natures variées. Ces différentes expressions de la mobilité se combinent d’ailleurs parfois pour former un système particulièrement complexe. Ces multiples facettes de la mobilité sont autant d’axes de réflexion qui pourront être abordés durant ces rencontres.

De quels éléments disposons-nous pour aborder les systèmes de mobilité à leurs différentes échelles ? C’est essentiellement autour de cette vaste question que s’organiseront ces rencontres d’Antibes. Les dynamiques et traçabilité des ressources, des pratiques et des usages, lorsqu’elles sont abordées à partir d’approches croisées mettant à contribution des champs disciplinaires variés tels que l’Archéologie et les Archéosciences, l’Histoire et l’Ethnologie, constituent un angle d’approche particulièrement stimulant. L’analyse des systèmes de mobilité est par ailleurs une solide passerelle vers la compréhension d’autres sphères des systèmes socio-économiques. Elle permet d’aborder les relations sociales au sein d’une communauté humaine aussi bien qu’entre différents groupes et de discuter des interactions avec le milieu naturel.

Ce colloque sera donc l’occasion de réfléchir aux cadres conceptuels élaborés par les différentes communautés scientifiques concernées afin de les tester et de les confronter. Après une première session méthodologique visant à aborder les différentes approches à disposition pour traiter de ces questions, les journées s’organiseront autour de thématiques portant sur la longue durée et rendant compte des différentes échelles de la mobilité : grandes dynamiques de peuplement, fondements socio-économiques de la mobilité, organisation des territoires ou encore interculturalité.

Normes techniques et pratiques sociales de la simplicité des outillages pré- et protohistoriques

Sous la direction de Laurence Astruc, François Bon, Vanessa Léa, Pierre-Yves Milcent et Sylvie Philibert.

Programme

L’outil constitue un excellent marqueur de l’évolution des techniques si l’on prend la peine de reconnaître sa structure, son fonctionnement, sa fonction, et d’évaluer son degré d’élaboration. Il témoigne de traditions, de transferts et d’emprunts techniques, et les recherches en Pré-Protohistoire prêtent de plus en plus d’attention aux valeurs socio-économiques qu’il véhicule. Il ne peut plus aujourd’hui être appréhendé sans une identification aussi détaillée que possible du milieu technique et social dans lequel il apparaît, chaque société générant une gamme d’instruments, constituée elle-même de divers assemblages. La complémentarité technique de ces éléments, à condition d’être capable d’en percevoir les mécanismes, a pour nous une signification première. Cet ouvrage se veut une réponse à l’inconfort intellectuel dans lequel nous plonge le rapport ambigu entre outillages simples et outillages complexes. Ce rapport est encore dans certaines situations un moteur essentiel de notre réflexion sur les sociétés pré- et protohistoriques. Mais il mène aussi à des impasses, en masquant les mécanismes que nous cherchons justement à mettre en évidence. Considérer les outillages peu investis comme peu informatifs constitue l’une de ces impasses. En les excluant de nos analyses, nous ne pouvons rendre compte de la complémentarité qui nous préoccupe tant, ni apprécier réellement les normes techniques devant lesquelles nous nous trouvons. Notre capacité à dégager des comportements récurrents, témoins de structures collectives et du fonctionnement des groupes, d’identifier des témoins d’apprentissage, d’approcher les traditions techniques, se trouve alors hypothéquée. Les membres de communautés scientifiques travaillant sur des espaces chrono-culturels divers, et fondant leur approche des sociétés anciennes sur les outillages lithiques, osseux ou métalliques, se sont donc rencontrés autour de ce thème. Définitions des notions, discussions sur les degrés d’applications de celles-ci, études de cas et synthèses régionales ont montré qu’il était possible, en multipliant les échelles d’analyse, de dépasser un certain nombre d’oppositions usuelles : notamment, simple/complexe, domestique/spécialisé, activité domestique/activité de collecte des ressources alimentaires. Comment, enfin, pondérer dans nos interprétations ce qui relève du domaine technique et du milieu social ? Si l’outil est un vecteur d’intégration et de différenciation sociale, il peut aussi être un vecteur d’évolutions sociales. Discuter de la notion trop linéaire et évolutive de progrès technique nous a conduits à aborder avec prudence les théories générales d’évolution des sociétés développées en anthropologie politique, des sociétés égalitaires aux sociétés hiérarchisées. Ces modes de représentation des sociétés anciennes dites complexes posent de réels problèmes lorsque l’on s’interroge sur les sociétés préurbaines.