Article | Monte Frignone 2 (San Romano in Garfagnana, Lucca) et la transition néolithique dans l’Apennin tosco-émilien (Italie)

Source : https://doi.org/10.4000/16y5q

Cet article aborde la question des modalités d’interaction entre les derniers chasseurs-cueilleurs mésolithiques et les premiers agriculteurs néolithiques en Méditerranée centrale et occidentale, dans un contexte où les recherches sur l’ADN ancien ont montré l’existence de métissages entre populations mésolithiques locales et migrants d’origine égéo-anatolienne, tandis que les sites archéologiques démontrant directement ces contacts restent rares et la traduction de ces processus dans le champ de la culture matérielle difficile à démontrer. Le site de plein-air de Monte Frignone 2 (San Romano in Garfagnana, Toscane), à 1 280 m d’altitude, apporte des données nouvelles pour examiner ces dynamiques. Les fouilles réalisées entre 2004 et 2007 ont en effet permis d’identifier deux entités stratigraphiques d’âge holocène (fosse US3 et son comblement US2 recouverts par une nappe US1), riches en restes lithiques. Leur étude se fonde sur une approche techno-économique intégrée combinant la caractérisation détaillée des silicites exploitées, des chaînes opératoires de production et des usages des outillages. Cette analyse montre que la production locale est principalement orientée vers un débitage lamellaire standardisé, réalisé par pression avec une béquille d’épaule à partir de petits blocs prismatiques très sommairement mis en forme. Le déficit estimé en lamelles centrales ou légèrement débordantes indique qu’une importante partie de ces dernières était exportée hors du site, de même qu’une grande partie des nucléus. Les imports de matériaux allochtones (nucléus, lamelles de plein débitage, produits finis) donnent une image en creux de la précédente. Dans les deux ensembles considérés (US2 et US1), les productions lamellaires sont en partie dédiées à la fabrication de trapèzes symétriques dont les troncatures obliques sont obtenues après fragmentation par le procédé du microburin. Le profil fonctionnel des assemblages est principalement marqué par les activités artisanales avec, dans l’US2, des traces de travail de matières animales, en lien potentiel avec la production lithique elle-même, tandis que l’on observe, dans l’US1, des traces de travail minutieux de minéraux relativement tendres orientant vers la fabrication d’ornements. Si ces industries présentent des parentés évidentes avec la tradition mésolithique castelnovienne, elles se rapprochent davantage des premiers ensembles néolithiques du Garfagnana attribués à l’horizon Pianaccia, à Verrucole – Campo Letari, Castiglione di Garfagnana – Piano di Cerreto ou Pieve Fosciana – Il Muraccio, également caractérisés par une production lamellaire par pression et des armatures trapézoïdales symétriques. Les âges au radiocarbone modelés les plus plausibles obtenus pour le Monte Frignone 2 se situent entre 5557 et 5244 av. n.è. pour l’assemblage lithique de l’US2 et vers 5302-4841 av. n.è. pour celui de l’US1. Ils sont en effet synchrones des premières implantations néolithiques agro-pastorales de l’Apennin tosco-émilien. Le site aurait alors fonctionné comme une station logistique d’altitude, spécialisée dans la production lamellaire à partir des silicites locales de la Scaglia toscana, destinée à alimenter les établissements néolithiques situés dans les zones collinéennes. L’hypothèse d’un maintien de traditions techniques héritées du Mésolithique castelnovien dans un contexte néolithique se plaçant dans le courant du dernier tiers du 6e millénaire, plusieurs siècles après l’implantation de l’Impressa dans le sud-est de la péninsule et la colonisation de l’archipel toscan, des golfes de Gênes et du Lion, va bien dans le sens d’une longue période d’interaction entre les premiers fermiers et les derniers chasseurs. Les espaces montagnards ont pu constituer des refuges durables pour les derniers-chasseurs cueilleurs, interagissant très graduellement avec les groupes néolithiques plus largement implantés dans les basses terres et contribuant de la sorte à la forte diversification des cultures matérielles qui s’exprime à partir de la fin du 6e millénaire.

Vieilles branches contre jeunes pousses : effet vieux bois et autres risques de la datation 14C sur charbons. Retour d’expérience autour du col du Petit-Saint-Bernard (Savoie, France)

Source : https://hal.science/hal-05780102

Sur les versants du col du Petit-Saint-Bernard (750-2700 m), un vaste programme de sondages manuels a permis de documenter les occupations humaines et l’évolution du paysage au cours de la seconde moitié de ‘Holocène. Dans un contexte où les vestiges matériels sont rares et la faune mal conservée, les charbons de bois ont été le support d’un grand nombre de datations. Ces charbons ont été systématiquement identifiés dans le but de privilégier des essences et/ou des parties anatomiques à durée de vie courte, afin de minimiser les risques d’effet vieux bois. Sur la base de 281 dates, dont 30 doublons, triplons ou quadruplons (représentant à eux seuls 66 datations), cet article évalue les risques liés à l’utilisation de charbons de bois comme support de datation (effet vieux bois, effet bois durable, charbons intrusifs) et propose des pistes pour les minimiser. L’identification taxonomique, l’évaluation de l’état de conservation des charbons (taphonomie anté- et postcombustion) et la bonne connaissance du contexte paléoenvironnemental et archéologique apparaissent déterminantes. Par aillers, la datation sur reste unique préalablement identifié constitue une donnée biogéographique précieuse pour documenter ‘histoire de la végétation.

Article | Juste pour la forme ? Approche comparative des pièces façonnées du site Paléolithique moyen du Plateau de Voisins à Mouroux (Seine-et-Marne)

Les bifaces font sans commune mesure partie des outils emblématiques du Paléolithique, et fascinent les chercheurs d’hier et d’aujourd’hui. Ils sont aussi parmi les plus difficiles à appréhender, car tout à leur propos doit être élucidé. De la pierre de foudre au couteau suisse de la Préhistoire, en passant par l’objet symbolique, tout ou presque a pu être proposé pour expliquer les bifaces, vestiges d’un temps qui nous est inconnu. La communauté scientifique s’accorde toutefois sur une chose : ce sont avant tout des outils. Les considérer comme tels invite à les analyser sous le prisme de l’activité instrumentée et de l’anthropologie des techniques, et pose la question des méthodologies à privilégier pour les étudier et rendre compte de leurs fonctions et fonctionnements. À partir de la série de bifaces du Paléolithique moyen du site de Mouroux, cet article présente les résultats d’une exploration pluriméthodologique. Nous y montrons l’intérêt de décloisonner les méthodes d’étude afin de combiner différents registres de connaissance, et mieux approcher toutes les dimensions de ces outils. Grâce à cette approche, ancrée dans un cadre théorique structurel, nos résultats montrent une relation entre formes et unités techno-fonctionnelles qui semble s’organiser chronologiquement sur le site, ouvrant un nouveau champ à investir sur la valeur chrono-culturelle de cette relation.

Source: https://doi.org/10.4000/16t5m

Dossier Revue | Programme EPISPAT. Hiérarchie sociale et développement territorial en Gaule Narbonnaise et dans les provinces voisines : enquêtes au croisement de l’épigraphie et de l’archéologie spatiales

Source : https://www.pulm.fr/default/revue-archeologique-de-narbonnaise-n-58.html#tab-label-additional

Ce dossier de la Revue Archéologique de la Narbonnaise est dédié à un programme de recherche, EPISPAT, visant à caractériser les territoires antiques en croisant les données épigraphiques et archéologiques. Une partie réflexive et méthodologique précède des études de cas.

Article | Bifacial evolution in Europe shown by MIS 12 level SLM-37 of Valle Giumentina (Central Italy)

Source : https://doi.org/10.5852/cr-palevol2026v25a16

Valle Giumentina (Abruzzes, Italie) comprend 12 niveaux archéologiques datés du MIS 15 au MIS 12, dont quatre présentent des industries bifaciales. Le niveau SLM-37, fouillé entre 2015 et 2017 dans deux aires, reflète un environnement steppique et est attribué au MIS 12c. Il a livré une industrie bifaciale réalisée sur des silex locaux (1 471 artefacts, dont un biface). Les modifications post-­dépositionnelles n’ont que légèrement affecté l’assemblage et de nombreux remontages lithiques ont été identifiés. Les restes fauniques sont rares (Cervus elaphus Linnaeus, 1758 et possiblement Dama dama (Linnaeus, 1758)). Des activités de débitage ont eu lieu sur le site, qui semble avoir été occupé brièvement mais de manière répétée. Une évolution dans la structure des bifaces est observée entre le niveau SLM-37 et le niveau suivant, LABM-40 du MIS 12 b, qui passe de « pièce bifaciale-support d’outil(s) » à « pièce bifaciale-outil ». Ce changement structurel coïncide avec l’apparition d’une production d’outils sur éclats issus de débitages, absente du niveau SLM-37. Valle Giumentina est l’un des très rares sites associés à l’événement glaciaire du MIS 12. La faisabilité de reconstitutions chronostratigraphiques et paléoenvironnementales détaillées et fiables pour le Pléistocène moyen est ici démontrée. C’est grâce à cela que l’on peut identifier une évolution locale et rapide, jusque-là insoupçonnée, des industries bifaciales et proposer de multiples réinventions et évolutions du biface au sein du Paléolithique inférieur européen. En outre, grâce à l’état de conservation exceptionnel du site, le biface de LABM-40 présente les traces d’utilisation parmi les plus anciennes identifiées sur un biface à ce jour.

Ouvrage | Le chemin de l’évangile à Gron (Yonne). Approche palethnographique d’un site du Dernier Maximum Glaciaire

Les témoignages d’occupations humaines du Dernier Maximum Glaciaire sont rares dans le bassin de Paris. Le site découvert à Gron, dans la vallée de l’Yonne, est compris dans la terrasse alluviale la plus récente de l’hydrosystème où elle est datée entre ~ 80 et 20 ka. Ces formations fluviatiles ont livré deux occupations du Paléolithique récent installées sur une berge de la rivière, l’une rapportée au Badegoulien, l’autre au Solutréen. L’exceptionnelle conservation de l’occupation badegoulienne a permis d’engager une étude pluridisciplinaire et de mener une analyse palethnographique qui s’appuie sur les liens techniques et fonctionnelles des vestiges entre eux (lithique, faune, foyers, parure) et sur leurs relations dans l’espace du site. De l’occupation solutréenne en partie démantelée subsiste une ébauche de feuille de laurier et les éclats issus de son façonnage. Ces vestiges ont permis de restituer pas à pas les étapes techniques du processus de taille, s’immisçant dans les doutes et les choix du tailleur de cet objet emblématique du Solutréen.

Article | Archaeological charcoals from El Gigante Rockshelter, Honduras, reveal the 10,000 year-long postglacial ecological dynamics of the Central American pine–oak forest

Source : https://doi.org/10.1177/09596836261458229

Present-day vegetation in the Central American highlands is dominated by pine–oak forests, whose postglacial and Holocene ecological dynamics remain poorly understood. El Gigante Rockshelter (1300 masl, La Paz, Honduras), with its exceptionally long occupation history starting from the Paleoindian period, allows us to examine these dynamics using archaeological charcoal. We present a detailed wood anatomical analysis of 24 taxa from 1401 charcoal fragments and identify three zones in the anthracological diagram: (1) 10,985–10,215 cal BP – co-occurrence of dry open pine–legume (Fabaceae) woodlands with tropical riparian vegetation dominated by Cornutia; (2) 8945–6365 cal BP – expansion of pine woodlands; and (3) 2225–1475 cal BP – maturation of the pine–oak forest, marked by the first appearance of montane understory taxa such as Symplocos and Cornus. These initial results show strong ecological coherence through time and a very slow development of Central American pine–oak forests spanning the entire Holocene. Whereas in many Neotropical regions, natural ecological dynamics are obscured by human impacts during the late-Holocene, our results indicate that changes in woodland cover around El Gigante were driven by autogenic succession. Thus, contrary to common assumptions in the literature, the expansion of pine in the Honduran highlands was not the result of millennial human impacts through fire and agriculture, as open pine woodlands preceded pine–oak forests within the natural postglacial ecological dynamics. Consistent with previous assumptions on Neotropical montane forest trajectories, oak proportions never stabilize in our record, suggesting a gradual shift towards oak-dominated forests.

Article | Exploring Biological and Ecological Components of Sheep Astragalus Size and Shape Variation Using 3D Geometric Morphometrics: Towards A Bioarchaeological Proxy

Source : https://doi.org/10.1007/s10816-026-09789-x

One of the key challenges in the archaeology of sheep domestication is reconstructing the complex history of environmental and anthropogenic transformations undergone by sheep since the beginning of the domestication process of their wild ancestors. In recent years, GMM studies of sheep astragalus bones have contributed to our understanding of morphological differences between wild and domestic caprine species. However, the respective influences of biological and ecological factors on astragalus morphological variations in sheep remain poorly documented. This limitation hinders a comprehensive understanding of its biosystematic resolution and, consequently, its use as a proxy in archaeological contexts to investigate early selective breeding and the emergence of sheep breeds in Southwest Asia. This paper presents the results of a morphological study of 96 astragali using 3D geometric morphometrics, focusing primarily on modern Eurasian and African sheep breeds and landraces. The study is based on a well-documented comparative collection encompassing phenotypical traits (breed, sex, age, presence/absence of horns, coat and tail type, weight, body length); ecological characteristics (climate, geography, environment, elevation, topography); and breeding strategies (mobility). The results demonstrate that the 3D astragalus morphological pattern is a reliable marker for distinguishing one sheep breed from another. They suggest that astragalus morphology is only slightly influenced by phenotypic markers. The study further explores the effects of environmental and climatic factors on phenotypic variation and highlights the potential of the astragalus as an ecomorphological marker. Finally, the current limitations in interpreting the relationship between astragalus morphological variation and mobility strategies in archaeological contexts are discussed.

Article | New insights into Late Neolithic foodways (c. 3300-2900 BCE): First functional study of ceramics in west-central France (Les Caltieres, Vendee)

Source : https://doi.org/10.1016/j.jas.2026.106593

Despite the development of organic residue analysis in ceramics vessels, the continental European Atlantic coast remains underrepresented although preventive archaeology has revealed numerous sites in this region over the past two decades. The Late Neolithic site of ‘Les Calti` eres’, distinguished by its multiple ditched enclosures, preserved faunal and shell remains, and substantial ceramic assemblage, was investigated to begin to fill this gap. Thirty-five reconstituted vessels and 28 isolated sherds were analysed using molecular and isotopic methods to study lipid preservation and ancient subsistence strategies, and to contribute to the debate on the site’s status. The study revealed an excellent conservation of the lipids and the extensive use of ceramic vessels for various purposes, including food cooking, dairy processing, storing low-lipid commodities, salt production, serving and consuming food. Analysis showed that culinary practices mainly involved ruminant carcass fats and dairy products, with notable contributions from plant waxes, possibly from leaves and fruits, while no aquatic product was documented either from lipids or from faunal remains. Interestingly, the combination of data on lipids and faunal remains highlighted the on-site animal husbandry cycle, from feeding and milking to slaughtering, butchering, preparing and consuming in pottery. This work sheds new light on ceramic use and land exploitation, and contributes to ongoing debates about the function of ditched enclosures, supporting a domestic use of the site. It also opens new avenues to discuss the evolution of foodways at the end of the Prehistory at the scale of the European Atlantic coast.