Source : https://www.prehistoire.org/shop_515-50155-0-0/10-2025-tome-122-3-p.-335-367-meignen-l.-bourguignon-l.-mann-a.-maureille-b.-2025-la-sequence-du-mousterien-quina-des-pradelles-marillac-le-franc-charente-approche-techno-economique-des-industries.html
L’étude des outillages lithiques présentée ici concerne la totalité des occupations humaines identifiées dans le site des Pradelles (lithofaciès 2 et 4), par ailleurs connu pour les nombreux restes humains néandertaliens mis au jour. La confrontation de ces nouvelles données techno-économiques avec celles des études archéozoologiques déjà publiées permet de préciser les activités menées sur le site tout au long de la séquence.
Quatre lithofaciès (faciès 2a, 2b, 4a, 4b) y ont été identifiés qui se situent probablement à la fin du MIS 4 (2a) et au début du MIS 3 (2b à 4b), jusqu’à -55 ka environ (datations OSL et IRSL).
Les travaux antérieurs avaient mis en évidence, dans les niveaux de base de la séquence, un Moustérien de type Quina qui, associé à de très nombreux restes de rennes, montrait une gestion différentielle des matières premières. Sur la base des données de l’étude du lithique et de celle des restes osseux, ce site a alors été considéré comme une halte de chasse spécialisée dans le traitement des carcasses de rennes en vue d’une consommation différée. Les Néandertaliens y ont aussi traité certains de leurs congénères de façon similaire aux ongulés.
L’étude techno-économique présentée ici indique que les outillages provenant des quatre niveaux lithostratigraphiques nouvellement définis lors des recherches de terrain entreprises entre 2002 et 2012 montrent des caractéristiques comparables dans leurs grandes lignes, tout au long de la séquence. Les groupes de Néandertaliens qui ont fréquenté le site de façon répétitive appartiennent tous à une même tradition technique, le Moustérien de type Quina.
Les faibles densités de matériel lithique qui contrastent fortement avec l’abondance des restes osseux, les stratégies de gestion des matières premières comparables dans tous les niveaux, suggèrent des occupations de courte durée, motivées par le même objectif. Ces stratégies d’acquisition/gestion des outillages reposent sur l’introduction de matériaux exogènes, sous diverses formes, complétée par une production sur site, en matériaux locaux de moindre qualité, plus ou moins dominante selon les niveaux.
Cependant, les études détaillées présentées ici font apparaître, selon les niveaux considérés, des différences d’ordre techno-économique, identifiées dans la gestion des matières premières, et en particulier dans le séquençage des chaînes opératoires.
Ainsi dans les niveaux inférieurs (faciès 2), les activités sont diversifiées, avec une part importante de la production de supports réalisée sur place (débitage, recyclage) mais aussi une activité d’entretien des outils, quelle que soit la matière première. Durant les activités réalisées lors de la mise en place du faciès 4 (niveaux supérieurs) au contraire, au sein desquelles les proportions de produits importés sont nettement plus marquées, ce sont les activités de maintenance (et en particulier, aménagement et réaffûtage des racloirs Quina en matériau exogène) qui dominent. Ces derniers éléments témoigneraient, dans les niveaux supérieurs, d’activités de traitement des peaux sur site plus importantes que dans les niveaux inférieurs.
La confrontation des données archéozoologiques avec celles du lithique montrent que dans ce site d’activités spécialisées (campement temporaire saisonnier lié à l’exploitation des rennes interceptés lors de leur migration), ce sont les activités de boucherie secondaire qui dominent (sur les éléments de carcasses importées, prélèvements de filets, de tendons ; fracturation des ossements pour l’exploitation de moelle et graisse ; récupération des extrémités articulaires ; fabrication/utilisation de retouchoirs en os), ainsi que le traitement partiel des peaux. Une dissociation des activités dans l’espace est observée : boucherie primaire (hors cavité, sur le site d’abattage), boucherie secondaire (dans une partie de la cavité) et travail des peaux (probablement partiellement hors cavité) impliquant un flux des différents éléments de carcasses animales, et en parallèle, celui de l’outillage lithique impliqué dans chacune des étapes de traitement (import et exportation de racloirs Quina en particulier).
Le caractère répétitif de ces activités en un même lieu ou à très grande proximité, ainsi que les stratégies de gestion des matières premières, suggèrent une organisation structurée de l’espace régional dont les ressources sont connues et leur exploitation planifiée. Le site des Pradelles aurait alors occupé une place très particulière dans le cycle annuel de ces chasseurs-cueilleurs destinée à la constitution de réserves alimentaires utilisées durant les périodes de pénurie. L’ensemble des comportements décrits témoigne incontestablement chez ces Néandertaliens d’une double anticipation des besoins, techniques et alimentaires. Pour le moment, Les Pradelles est incontestablement un site moustérien sans équivalent en région Nouvelle-Aquitaine.