Kadruka

Le programme Kadruka porte spécifiquement sur les occupations néolithiques et pré-Kerma encore représentées sur la concession archéologique éponyme

Aspects institutionnels

Le programme Kadruka, qui a débuté en 2014 et a déjà donné lieu à 5 campagnes de fouilles, compte parmi les missions archéologiques de la SFDAS (Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan). Il est conduit en partenariat avec la NCAM (National Corporation for Antiquities and Museums, l’institution soudanaise en charge de l’archéologie et du patrimoine, et bénéficie d’un financement du QSAP (Qatar Sudan Archaeological Project). Collégiale, sa direction opérationnelle est partagée par trois chercheurs rattachés respectivement au CEPAM (Olivier Langlois) et à l’UMR7206 (Philippe Chambon et Pascal Sellier).

Le contexte géographique et archéologique

Le programme Kadruka a pour cadre la concession éponyme, un espace localisé en Haute-Nubie (Soudan), en amont de la 3e cataracte. Cette section de la moyenne vallée du Nil est connue sous le nom de Northern Dongola Reach. La concession de Kadruka, sise sur la rive droite du Nil, jouxte celles de Kerma (au Nord) et de Kawa (au Sud). Elle est traversée le Wadi el-Khowi, un ancien bras du Nil qui s’écoulait à une dizaine de kilomètres à l’est du cours actuel, et qui fut un pôle de peuplement majeur pour les populations du Néolithique moyen (5e millénaire BCE). Une quinzaine de buttes funéraires néolithiques et d’innombrables sites de surfaces parsemés d’éclats éolisés (vestiges d’anciens habitats) y ont été reconnus. Toutes ces occupations de distribuaient en chapelet le long du cours d’eau sur les rives duquel d’épaisses couches de limons se sont déposées. Fertile, l’ancien cours du Wadi fait l’objet depuis quelques décennies d’une intense exploitation agricole qui n’a épargné que de rares secteurs et qui a causé la destruction d’un grand nombre de sites. Le programme Kadruka fait suite aux travaux réalisés localement par Jacques Reinold dans les années 1980-1990. Ces travaux ont essentiellement porté sur la fouille, totale ou partielle, de plusieurs buttes funéraires néolithiques datées du 5ème millénaire BC.

Les objectifs

Le programme Kadruka porte spécifiquement sur les occupations néolithiques et pré-Kerma encore représentées sur la concession archéologique éponyme. A travers l’étude de quelques occupations encore préservées, nous espérons éclairer les évolutions (culturelles, sociales, environnementales…) intervenues entre le début du 5e et le début du 3e millénaires, une période marquée par une aridification croissante et par le passage du Néolithique à une nouvelle phase culturelle, le pré-Kerma (3500-2500 BCE), qui annonce déjà la phase suivante, dite Kerma.

Actuellement, trois opérations sont menées conjointement

1) La publication de la butte funéraire KDK1 : Les cimetières fouillés par J. Reinold dans les années 1980-90 n’ayant fait l’objet que de publications succinctes, et le riche mobilier extrait des tombes n’ayant pas été étudié, un volet du programme Kadruka vise à publier certains de ces travaux anciens. La publication du cimetière KDK1, dont l’ensemble de l’occupation néolithique remonte à la fin du 5ème millénaire BC, est en cours.

2) La fouille de la butte funéraire KDK23, conformément aux méthodes actuelles : Durant les cinq premières campagnes de terrain, environ 110 tombes ont été fouillées, sans qu’il soit possible de distinguer les limites de fosses. Les limites sud et est ayant été atteintes, l’extension du cimetière se précise peu à peu. Considérant la forte densité de tombes, qui atteint une moyenne d’une structure au m² sur la surface ouverte, on peut estimer le nombre total des inhumations conservées à environ 200.

3) Le repérage et la caractérisation d’habitats : Les travaux anciennement menés sur la concession ont conduit leur auteur à conclure à une destruction systématique des habitats sous l’effet de l’érosion. La découverte de plusieurs habitats qui se rapportent à différents moments d’une séquence s’étendant de la première moitié du 5e au début du 3e millénaire, et qui comportent localement des niveaux parfaitement en place, remet en cause cette conclusion. En étudiant la distribution des sites de ce type encore préservés, et en procédant au décapage de surfaces limitées, nous espérons mieux comprendre la nature et les fonctions de ces occupations qui nous ouvrent une fenêtre inespérée sur le monde des vivants. Deux occupations de ce type, ont déjà fait l’objet de travaux. Le premier, KDK23H, jouxte la butte funéraire KDK23. Les datations obtenues qui s’y rapportent couvrent la seconde moitié du 5ème millénaire. Ce site a révélé, outre plusieurs centaines de trous de poteaux pour partie creusés dans le remplissage du chenal qui séparait le site de la butte funéraire, deux fosses renfermant de la faune domestique, ainsi qu’un foyer en cuvette ceinturé d’artefacts et d’écofacts parfaitement in situ. Le second site, KDK05B, se situe plus à l’ouest. Il a été daté du milieu du 4e millénaire, une période inconnue dans ce secteur, et a révélé de nombreux trous de poteaux et plusieurs foyers et taches cendreuses. Un travail analogue sera conduit sur un troisième site, KDK05A, qui a été daté d’environ 3000 cal. BC (période Pré-Kerma).