Faciès fonctionnel et/ou entité culturelle ? La question du « Belloisien » à travers l’étude techno-économique de l’assemblage lithique du Ribousseau en Charente-Maritime

Direction : Nicolas Naudinot

Contact : nicolas.naudinot@cepam.cnrs.fr

Les collections étant conservées à Rennes, le candidat devra s’organiser de manière à pouvoir résider dans ce secteur lors de son stage du deuxième semestre.

Sujet de M1 PPA pour l’année 2022-2023 et de M2 pour l’année 2023-2024

Les recherches concernant les derniers temps du Tardiglaciaire et les premiers moments de l’Holocène (transition GS1-Holocène) se sont multipliées ces dernières années. Ces travaux montrent la mise en place autour de 10000 cal. BC d’importantes transformations technologiques avec le retour, après un Azilien récent caractérisé par une dynamique de simplification technique, de productions laminaires très investies réalisées à partir de méthodes de débitage caractéristiques. Ce phénomène est perceptible sur une vaste aire géographique s’étendant depuis la péninsule ibérique jusqu’au Sud de la Scandinavie. Au sein de ce vaste techno-complexe, plusieurs grandes traditions techniques, avec leurs chronologies propres, ont pu être caractérisées. En France, ces groupes porteurs de pointes de Malaurie/rectangles puis pointes des Blanchères/trapèzes, sont désignés comme Laborien/Laborien récent. Certains assemblages des régions les plus septentrionales livrant des séries de petites pointes pédonculées et/ou à troncatures obliques concaves rappellent également les séries des grandes plaines du Nord et l’Arhensbourgien/Epiahrensbourgien. Au sein de cette mosaïque dont il conviendra par l’avenir de mieux caractériser les relations entre les différents ensembles, on trouve des gisements qualifiés de « belloisiens ».

Ces sites se caractérisent par une absence de structure d’habitat/évidence de combustion, une grande rareté des outils retouchés et armatures, une abondance des déchets de taille et un déficit en support laminaires suggérant un emport de longues lames régulières. Ils sont très essentiellement localisés dans le Bassin parisien et le sud de l’Angleterre – secteurs riches en silex de bonne qualité. Les caractéristiques de ces assemblages ont d’abord poussé les chercheurs à interpréter ces sites comme des ateliers de taille visant la production de grandes lames. Plus récemment, l’identification d’apport de grands supports venues d’autres sites en parallèle des emports de lames, tout comme la mise en évidence d’activités de boucherie sont venus complexifier le scénario. La situation est en réalité certainement bien plus complexe et ces sites, bien que livrant des assemblages lithiques comparables, ont certainement eu des statuts plus variés.

Une des questions actuelles concerne le sens à donner à ce « Belloisien ». Certains auteurs pensent qu’il faut regrouper sous ce terme tous les assemblages présentant les mêmes caractéristiques technologiques et notamment ceux livrant des grandes lames. Ces derniers considèrent ainsi le « Belloisien » comme une tradition technique au même titre que le Laborien ou l’Ahrensbourgien. D’autres pensent qu’il faut s’en tenir à la définition originale, très stricte, du « Belloisien », c’est à dire surtout son aspect économique. Ces derniers le considèrent ainsi comme un faciès fonctionnel émergeant sur certains substrats géologiques livrant de grands volumes de silicites de bonne qualité.

Le sujet proposé vise à développer cette question à partir de l’analyse techno-économique (pétroarchéologie-technologie) de la série du Ribousseau en Charente-Maritime. Cette collection, collectée par François et Jacques Blanchet, provient en partie de ramassages réalisés lors de la destruction du site par une exploitation de sable, mais aussi d’un petit sondage réalisé en 2010. Bien que non daté, les caractéristiques technologiques de cette série tendent à la rapprocher des industries de la transition Pléistocène-Holocène. D’autre part, la composition particulière de cet assemblage (abondance de déchets de taille et rareté de l’outillage retouché) rappelle certaines caractéristiques des sites « belloisiens ». Ce gisement est très éloigné du secteur livrant les assemblages dits « belloisiens », mais il est, comme ces derniers, installé sur des gisements de silex turonien de très bonne qualité. Bien que modeste et collectée dans un contexte complexe, l’étude de cette collection lors de ce travail universitaire permettra ainsi de développer ces questions d’actualités autour de la notion de « Belloisien ».