STEP – Systèmes techniques, Ethnoarchéologie et Préhistoire

L’équipe STEP se consacre à l’étude systémique des sociétés humaines préhistoriques du Pléistocène et de l’Holocène avec un intérêt particulier pour les processus de changements culturels. Son champ d’étude géochronologique est vaste, plus d’un million d’années, sur tous les continents, des chasseurs-collecteurs du Paléolithique aux agro-pasteurs du Néolithique et de l’Âge du Bronze.

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Méthodes

Préhistoire, Fouilles archéologiques, Ethnoarchéologie, Industrie lithique, Céramique, Parure, Archéologie biomoléculaire, Systèmes techniques, Systèmes symboliques, Technologie, Pétrographie, techno-économie, Tracéologie, Analyses fonctionnelles, Ingénierie 3D

Responsable : Elisa NICOUD

À partir des vestiges archéologiques de la culture matérielle (productions lithiques, céramiques, parures, etc.) ou des productions colorées et imagées, elle restitue les pratiques sociales, les habitats, les territoires et les systèmes de mobilité des populations préhistoriques, en s'appuyant parfois sur des enquêtes ethnoarchéologiques.

Les travaux sur le terrain restent au fondement des pratiques de l’équipe qui a à cœur de produire des données nouvelles. Les membres de STEP dirigent des fouilles ou sont impliqués sur des terrains européens, surtout en France et en Italie, mais aussi en Afrique centrale et orientale, au Moyen-Orient et dans le Caucase, ainsi qu’en Sibérie.

Les vestiges font l’objet d’approches techno-économique et techno-fonctionnelles qui renseignent toute la chaîne opératoire de production des objets techniques, depuis l'acquisition des matières premières jusqu'aux phases d'utilisation. Elles intègrent des méthodes pétrographiques, tracéologiques, technologiques, moléculaires et isotopiques, dont la combinaison sur un même objet d'étude offre une réponse neuve aux problématiques anthropologiques. Ces outils d’analyse sont parfois utilisés pour des périodes et dans des régions plus exotiques pour l’équipe (civilisation maya ; époque romaine).

Axes de recherche

Comme toutes les sciences archéologiques, les recherches en Préhistoire relèvent d'un processus cumulatif et reposent sur la mise en oeuvre de méthodes et de techniques qui révèlent une information anthropologique tapie dans la matière à différentes échelles. Aussi, les enjeux méthodologiques sont-ils doubles. S’il est indispensable de toujours élaborer et amplifier les référentiels nouveaux ou existants, il convient également de mettre en place de nouveaux outils, tant pour atteindre des informations palpables mais encore inaccessibles que pour traiter et modéliser des données toujours plus nombreuses, complexes, partielles et hétérogènes. Ainsi, outre la poursuite de l'acquisition de
données primaires (notamment pour les géo- et biomatériaux), plusieurs évolutions méthodologiques et conceptuelles sont proposées.

L’apport d’une chronologie fiable des faits archéologiques reste une évidence et l’équipe dans son ensemble est, par ses missions de terrains, particulièrement impliquée dans l’établissement de chronostratigraphies. La multiplication des datations sur des matériaux et des contextes certains (short-life et événements discrets) ou le développement de l’analyse bayésienne seront poursuivis. Des datations physico-chimiques sont menées à l’aide d’un nouveau spectromètre Argon très performant (Thermo Scientific Argus VI) opérationnel sur site depuis 2016.

La lithothèque édifiée dans le cadre de recherches régionales sur les ressources en silex et roches clastiques et développée dans le cadre du programme « SILEX » sera consolidée à l’échelle européenne. Une enquête nationale se poursuit alors que la première École thématique CNRS sur ce thème aura lieu en fin d’année 2016. La Lithothèque sera complétée par des données issues d’autres régions : silex des Abruzzes et des Marches en Italie, obsidiennes du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique, roches tenaces alpines des outils polis.

Elle vient ainsi en appui au développement de protocoles analytiques reproductibles pour l’analyse des assemblages céramiques, mêlant anthropologie des techniques, expérimentations, géologie, chimie organique et physique des matériaux, enjeu majeur de la recherche sur le Néolithique. Outre la caractérisation des matières premières argileuses, des analyses en macro- et microscopie les techniques de façonnage (CT-scan, μCT, radiographie, lames minces) systématisent l’interprétation des traces résultant de la fabrication.

L’imagerie 3D est aussi développée pour l’étude des productions lithiques, symboliques et l’analyse spatiale des gisements avec une approche couplée SIG/photogrammétrie. Les référentiels des traces techniques et fonctionnelles en lien avec le travail des matières animales (projectiles, boucherie…) et minérales (gravures, sculptures…) et des coquillages s'enrichissent.

Les approches fonctionnelles sur les poteries néolithiques s'appuieront sur des développements en biochimie combinant données moléculaires sur les lipides et les protéines et mesures isotopiques.

Les observations ethnoarchéologiques se poursuivent en Sibérie sur l’exploitation et la gestion des ressources végétales en lien avec l’univers matériel et symbolique des sociétés. Il s’agit d’évaluer la visibilité archéologique de chacun d’entre eux et d’amorcer une réflexion sur le rôle de l’environnement végétal dans l’identité culturelle des groupes. Les référentiels acquis lors de ces missions sont complétés par des expérimentations en laboratoire. Dans les recherches africanistes (bassin tchadien) où les contextes archéologiques préhistoriques peuvent être très récents, un lien culturel entre les sociétés archéologiques et celles observées par l’ethnographie est parfois établi. Alors que ce lien a pu déterminer des approches archéologiques tout à fait spécifiques, les pratiques, les limites et les potentiels de l’approche ethnoarchéologique appliquée à ce type de contexte font l’objet d’une réflexion méthodologique approfondie.

Enfin, une réflexion commune est menée sur la mise en oeuvre des méthodes de modélisation des transferts par systèmes multi-agents.

 

L’Axe 2 constitue un espace de réflexion sur les sous-systèmes techniques et/ou symboliques et les pratiques sociales que chacun édifie en étudiant l’objet technique, en pratiquant l’analyse spatiale d’un site ou l’étude de tout fait archéologique. Ce peut être d’ailleurs un objectif de recherche en soi que d’identifier une façon de faire, une habitude sociale. D'une façon générale, il s’agit de restituer toutes les étapes de la chaîne opératoire de production et d’utilisation d’un objet archéologique, depuis le choix des matières premières sélectionnées et employées, en passant par les gestes et les modes de fabrication, jusqu'aux usages. Il s’agit d’identifier les multiples choix exercés par les populations
préhistoriques, tout en prenant soin de préciser le milieu dans lequel ces choix interviennent. L’analyse systémique concerne dans l’équipe tout à la fois des matériaux, des objets, des sites et des environnements. Ce sont aussi les interactions entre chacun des sous-systèmes reconstitués qui animent la réflexion commune.

Les outillages lithiques du Paléolithique inférieur européen commencent à être bien identifiés en termes technologiques. Toutefois l’apparence simple de certaines modalités de production par débitage ou par façonnage masque l’évidente diversité fonctionnelle des outils. Par exemple, l’utilisation des emblématiques pièces bifaciales restent à ce jour presque inconnue ; elle sera appréhendée par des approches technologiques et fonctionnelles combinées visant à mieux comprendre la diversité des techno-complexes. Les choix observés durant la sélection des matières premières méritent également d’être précisés pour restituer intégralement les chaînes opératoires de production lithiques.

L’existence d’un système de débitage Laminaire dès les débuts du Paléolithique moyen au Proche-Orient (230-160 Ka) et reconnu à la même période en Géorgie, est désormais bien confirmée. Il convient d’approfondir les caractéristiques, la durée et les modalités d’apparition/disparition de ce phénomène marquant. La relation technologique entre les deux systèmes de production Laminaire et Levallois doit être décryptée ainsi que les caractéristiques morpho-fonctionnelles des produits obtenus.

Les systèmes techniques des sociétés évoluant en Europe du Nord-Ouest au cours du Tardiglaciaire connaissent de multiples transformations durant cette période de profonde instabilité climatique. À partir d’analyse technologiques, les travaux viseront ainsi à mieux appréhender ces transformations ainsi que leurs rythmes. Une réflexion sera menée en parallèle sur le système symbolique, connaissant lui aussi d’importants changements au cours du Tardiglaciaire. Un des enjeux sera notamment de chercher à comparer le timing de ces transformations avec ceux du système technique afin d’identifier d’éventuelles arythmies et casser l’image de « packages culturels".

Livrant les gestes opérés par les producteurs du Néolithique au moment de la fabrication des poteries, l’approche systémique des productions céramiques permet de dépasser leur seule caractérisation stylistique. La restitution des techniques et méthodes de façonnage est primordiale, car il semble que cette étape, plus que toutes les autres étapes de la chaîne opératoire, soit relativement résistante au changement. Ces recherches sont couplées avec la question des usages fondée entre autres sur la caractérisation de la matière organique conservée dans les céramiques.

Notre présence sur le terrain

Dernières rencontres de l'équipe

Dernières actualités de l'équipe

Un projet pour protéger l'héritage culturel millénaire du Yémen

Lamya Khalidi, chercheuse au laboratoire Cultures et Environnements Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge (CEPAM - CNRS/ UNIV COTE D'AZUR), en collaboration avec des chercheuses et des chercheurs du Deutsches Archäologisches Institut (DAI) et du Centre français d’archéologie et de sciences sociales (CEFAS), a obtenu un financement de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflits (ALIPH), pour accompagner et aider l’Organisation générale des antiquités et des musées du Yémen (GOAM) à préserver les collections de cinq musées au Yémen.