IT&M – Images, Textes et Monuments (Antiquité et Moyen Âge)

Les recherches menées au sein de l’équipe s’attachent aux processus sociaux et culturels de production, transmission et transformation des images, des textes et des monuments dans les mondes anciens et médiévaux.

Thématiques

Mondes anciens et médiévaux, Histoire des textes, Anthropologie des images, Archéologie monumentale, Savoir scientifique, Église, Communication, Anthropologie économique, Sémantique historique, Production documentaire, Patrimoine, Restauration, Conservation, Imagerie 3D

Disciplines

Histoire, Archéologie, Histoire de l’art, des images et de la culture visuelle, Histoire des sciences, Philologie, Littérature latine et française

Responsable : Rosa-Maria Dessì

Projet scientifique

Les programmes de recherche développés au sein de l’équipe se fondent sur une collaboration entre historiens, historiens de l’art, archéologues, littéraires et philologues, spécialistes de l’Antiquité et du Moyen Âge. La particularité et l’enjeu de nos travaux résident dans (i) un questionnement commun sur les processus sociaux et culturels de production, transmission et transformation des images, des textes et des monuments, (ii) une volonté d’élaborer et articuler des séries documentaires de nature variée, (iii) une approche diachronique et comparatiste. Il s’agit non seulement de recouper ou faire converger des sources hétérogènes, mais aussi de s’interroger sur la logique de séries cohérentes de documents, du point de vue du contenu, de la forme, du style des documents et de leurs traces, afin d’appréhender de manière globale les systèmes de représentation et les dynamiques sociales dans lesquels ces séries s’inscrivaient. Les traces ne sont pas envisagées dans une vision « passéiste » de l’histoire des sociétés qui entendrait « ressusciter » le passé, mais au profit d’une réflexion sur les phénomènes étudiés, sur les dispositifs scientifiques mobilisés et sur la présence et l’irruption du passé dans l’actuel. IT&M, l’acronyme de l’équipe, entend indiquer une montée en puissance, au cours de l’actuel contrat, des recherches sur les images ; renvoyant à un mot fréquent dans les listes et inventaires anciens, il suggère aussi l’idée de série.

Les cinq axes de recherche d’IT&M

Axe 1. Communication, images et lieux de pouvoir

Les recherches sur la prédication médiévale et sur l’art oratoire, mais aussi sur la communication par la parole et les images (dans lesquelles l’équipe a joué un rôle important avec la publication de plusieurs travaux) ont amené les chercheurs à s’investir dans le domaine de l’histoire des images et de la culture visuelle. Il s’agit moins de proposer une archéologie ou analyse philologique traditionnelle des œuvres d’art que d’étudier, en s’inspirant de l’« archéologie du savoir » (dans l’acception foucaldienne), des séries d’« images comme actes ». On tente alors d’appréhender, par le biais des textes, des images anciennes sur tous supports, y compris photographiques, mais aussi des techniques et stratégies de restauration, les projets de société et les stratégies des pouvoirs qui ont présidé aux choix dans le processus de production, transformation ou occultation des œuvres d’art. Une attention de plus en plus vive de la part des historiens et des historiens des images pour la matérialité des œuvres d’art conduit à approfondir la question de la lecture de l’invisible, en prenant en considération le diagnostic sur les œuvres et en dialoguant avec les restaurateurs et les experts scientifiques. Dans cette perspective, une première rencontre a eu lieu à Nice, en mars 2018, sur Les peintures murales : approches opérationnelles et historiques, qui a été l’occasion de croiser des regards entre les chercheurs de l’équipe et les conservateurs restaurateurs de la DRAC PACA / Conservation Régionale des Monuments Historiques, sur ce patrimoine de premier plan. Des publications collectives sur cette thématique sont prévues. Concernant les techniques de sondage en vue de la restauration d’œuvres d’art, des collaborations sont également envisagées avec M. Regert et d’autres chercheurs de l’équipe GRENES. Un autre volet des recherches sur les peintures concerne les ressources numériques (laser, photogrammétrie, imagerie scientifique, caractérisation des matériaux …) pour lesquelles nous établissons une collaboration avec l’UMR MAP 3495 (« Modèles et simulations pour l’Architecture et le Patrimoine ») dirigé par Livio De Luca et le CICRP (« Centre Interdisciplinaire de Conservation et Restauration du Patrimoine », Marseille), afin d’associer les données numériques liées aux images en tant que telles avec celles de nature historique.

Une réflexion est aussi menée au sein de l’équipe sur les formes de la communication médiévale, articulant les images, la prédication et le théâtre, en s’interrogeant sur l’agency et sur le medium théâtral dans le champ de l’écriture à vocation sotériologique (projet européen « Theatres of Persuasion »).

Enfin, un projet sur les « méta-images » dans l’Antiquité et au Moyen Âge a déjà donné lieu à deux séminaires, en collaboration avec l’UMR 8210 ANHIMA. Il existe, en effet, un ensemble d’images dans les images, de mises en abîme des pratiques figuratives qui méritent d'être recensées, décrites et analysées. L'enjeu de cette enquête est double : opérer l’inventaire le plus représentatif possible de la variété (des supports comme des sujets) de ces images dans les images ; appréhender la réflexivité à l’œuvre dans les images antiques et médiévales, en s’attachant au degré d’élaboration de celle-ci et à ses modalités sans cesse renouvelées.

Axe 2. Dispositifs ecclésiaux et processus de « monumentalisation »

Au cours des dernières années, l’équipe a joué un rôle moteur dans les recherches sur les processus de « monumentalisation » et d’inscription spatiale de l’Église au sein des sociétés occidentales. Deux chantiers archéologiques particuliers, relatifs à l’organisation monastique de l’île Saint-Honorat de Lérins (notamment fouille de la chapelle Saint-Sauveur) et au site de l’ancienne cathédrale de Nice (fouille de la Colline du Château), ont livré des informations inédites sur la topographie des dispositifs cultuels et leur fonction sociale à la charnière entre Antiquité et Moyen Âge. Ces deux chantiers donnent actuellement lieu à la réalisation de plusieurs publications concernant, d’une part, la structuration de l’établissement monastique insulaire de Lérins (publication collective en 2018, HDR en 2019, parallèlement aux travaux de restauration de plusieurs édifices et à la constitution du dossier pour le classement UNESCO Patrimoine naturel et monumental de l’île), et d’autre part, l’histoire des « cathédrales » de Nice et de leur environnement funéraire.

Ces deux enquêtes se caractérisent par une collaboration étroite entre les responsables d’opérations archéologues et les historiens qui ont entrepris l’examen systématique des documents écrits et iconographiques pouvant éclairer le contexte social, politique et religieux des aménagements monumentaux. Menées sur la longue durée (de l’Antiquité à l’époque moderne), les recherches s’attachent particulièrement aux transformations des dispositifs qui témoignent, au fil des siècles, de la fonction et des usages des espaces étudiés.

En collaboration avec plusieurs équipes françaises et italiennes, l’équipe avait animé des recherches sur l’espace social des monastères (publication collective en 2015). Les dossiers actuellement privilégiés concernent les prieurés monastiques (logiques d’implantation et fonctionnement) et les églises épiscopales (depuis la définition d’une monumentalité chrétienne urbaine jusqu’aux cathédrales de la fin du Moyen Âge).

Enfin, l’équipe porte un programme de recherches, défini en collaboration avec des spécialistes de l’Antiquité et du monde contemporain de l’Université de Paris-Est Créteil, sur les « Transitions funéraires en Occident de l’Antiquité à nos jours » : résolument diachronique et pluridisciplinaire, ce programme soutenu par l’École Française de Rome pour la période 2017-2021 entend explorer les grandes transformations qui ont caractérisé les pratiques funéraires en Europe et dans les espaces méditerranéens depuis la fin de l’époque proto-historique jusqu’à la mutation actuelle. L’étude comparée de processus de « transition funéraire » dans différents contextes est l’occasion d’explorer les notions et les mécanismes de normes, de transformation / transition et de dynamique sociales.

Axe 3. Production de l’écrit, discours de l’Église et figures de l’altérité

Les recherches sur les églises médiévales de la région ont amené les historiens de l’équipe à explorer l’abondante production écrite de la Provence orientale : chartes et cartulaires, textes narratifs, documents notariés, qui parfois éclairent mais surtout interrogent et mettent en perspective les données archéologiques. La richesse intrinsèque de certaines séries documentaires (de nombreuses chartes conservées en original) et de plusieurs recueils singuliers (comme le cartulaire du chapitre de Nice réalisé dans la première moitié du XIIe siècle et la Vie latine de saint Honorat composée à la fin du XIIIe siècle), méconnus et peu exploités, nous incite à envisager l’élaboration d’un inventaire raisonné, ainsi que l’étude et l’édition d’une partie au moins de ces textes. Dans la perspective d’une réflexion sur les formes de la production documentaire en Provence orientale, principalement entre le XIe et le XIIIe siècle, attentive à la matérialité, aux pratiques et aux usages de l’écrit, une collaboration avec les Archives départementales des Alpes-Maritimes a été engagée, qui a donné lieu en 2018 à une publication qui concerne en particulier la documentation relative à l’histoire de l’île monastique de Lérins.

Organisées depuis les années 1990 au sein de l’équipe des médiévistes de Nice alors dirigée par Monique Zerner, les recherches sur le discours antihérétique et les stratégies de l’Église prennent par ailleurs la forme de nouveaux travaux sur l’hérésie médiévale, désormais menés dans le cadre du GIS HÉPOS (« Hérésie, Pouvoirs et Sociétés ») avec des collègues de Montpellier 3, Aix Marseille Université, Rennes 2 et Paris-Est Créteil.

Les philologues et littéraires spécialistes de la latinité tardo-antique et médiévale développent par ailleurs des recherches sur la dialectique entre paganisme et christianisme dans la poétique de l’Antiquité tardive, qui donnent lieu à des séminaires réguliers, ainsi qu’aux discours ecclésiaux sur l’Islam au Moyen Âge, attentif aux dissonances dans le concert médiéval des polémiques anti-musulmanes.

Enfin, en 2017, a été inaugurée la Lectura Dantis nicaeana, cycle de lectures de la Comédie associées à des conférences sur l’œuvre de Dante, en référence à une tradition cultivée depuis longtemps en Italie : cette tradition, née à Florence au XIVe siècle, est toujours présente dans plusieurs villes. Nous organisons régulièrement (trois fois par an) des conférences-explications des chants de la Comédie, accompagnées de communications pluridisciplinaires (histoire, histoire de la culture et des idées, philosophie, histoire de l’art, etc.) sur divers aspects des œuvres et de la pensée de Dante, ainsi que sur leur contexte de production, dans une perspective de diffusion de la recherche.

Axe 4. Travail, économie et religion

L’équipe s’intéresse à certaines questions d’anthropologie économique concernant particulièrement le « travail » (une catégorie problématique lorsqu’elle s’applique aux sociétés d’avant le capitalisme) et la production des biens au Moyen Âge. Ces réalités posent tout d’abord des questions d’ordre idéologique dans la mesure où elles sont “occultées” dans les textes médiévaux au profit de considérations relatives à la nécessaire circulation des biens dans la société ; elles engagent toutefois des enjeux sociaux majeurs, les activités de production jouant un rôle-clé dans le contrôle de populations très majoritairement vouées au labeur des champs. Un premier volet de cette recherche, qui donne lieu à des séminaires réguliers, porte sur l’organisation socio-spatiale de la production et sur les représentations du labeur dans les monastères, pour lesquels la documentation permet d’atteindre tout à la fois les représentations et les pratiques sociales (une publication collective sur cette thématique est prévue en 2019). Un second volet au sein de l’UMR TELEMME (Aix Marseille Université) s’attache aux transformations des conceptions du « travail » en milieu urbain à partir des XIIe et XIIIe siècles. On envisage de poursuivre la réflexion par une enquête, menée dans différentes séries textuelles, sur la sémantique du « travail » (labor, opus, ars, officium, etc.) dans l’Occident latin, de l’Antiquité au Moyen Âge.

Une enquête sur les pratiques de mises en réserve, de stockage et de redistribution des fruits de la production, menée notamment à l’occasion des Journées internationales de Flaran (octobre 2018), participe à cette réflexion.

Enfin, l’équipe organise une recherche comparatiste sur l’économie des sanctuaires dans les mondes anciens (grec et romain) et médiévaux. Cette recherche porte sur la façon dont les espaces religieux revêtent le rôle de centres de production, de concentration et de thésaurisation de biens sacrés ; elle s’intéresse également, dans une perspective anthropologique, aux usages de ces biens, à leurs devenirs et à leurs perceptions (logiques d’immobilisation ou de circulation, dispersions, pillages, mutations de leur degré de sacralité) qui, ensemble, forment ce qu’on appelle leur biographie culturelle.

Axe 5. Transmission des savoirs

Dans le prolongement de travaux précédents sur la transmission des savoirs, en particulier des sciences de la nature, dans une diachronie large, l’équipe s’intéresse à l’étude de l’évolution des formes et des contenus scientifiques dans la littérature antique, et à la réception médiévale de ces productions. Les objectifs sont à la fois structurels (coordination de chercheurs et organisation de rencontres et colloques) et productifs (éditions, bases de données, publications scientifiques). Il n’est pas nécessaire d’envisager l’ensemble des sciences pour apporter, sur les enjeux épistémologiques, culturels et anthropologiques de l’histoire des sciences, des éclairages nouveaux. Cinq disciplines constituent les observatoires de cette enquête sur les enjeux épistémologiques, culturels et anthropologiques de l’histoire des sciences entre Antiquité et Moyen Âge : la zoologie, la physiologie, la mythographie, la linguistique et l’art militaire. Pour trois des disciplines ciblées, le travail s’inscrit dans des collaborations internationales (IRN Zoomathia, Réseau POLYMNIA, Association ETYGRAM). Cet axe est en particulier articulé avec le projet Zoomathia. Il est fortement orienté vers les Humanités numériques et développe des projets liés à l’annotation automatique de texte et à l’exploitation de bases de données hétérogènes.

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