GReNES – Gestion des REssources Naturelles, Environnements et Sociétés

À l’interface entre les entités socio-culturelles et leurs environnements, les archives biologiques issues de contextes archéologiques ou d’enregistrements naturels sont de précieux témoins de l’économie des sociétés, des indicateurs des relations homme/milieu et des vecteurs d’informations sur l’évolution des paléoenvironnements.

Thématiques

Anthracologie, Archéobotanique, Archéozoologie, Archéologie biomoléculaire, Artisanat des matières dures d’origine animale, Avifaune, Cémentochronologie, Dendro-anthracologie, Ethnoarchéologie, Expérimentation, Géoarchéologie, Ichtyologie, Isotopes stables, Morphométrie géométrique, Palynologie, Paléoenvironnements, Paléontologie, Phytolithes, Taphonomie, Tracéologie

Disciplines

Archéobotanique, Archéologie biomoléculaire, Archéozoologie, Géoarchéologie, Archéologie expérimentale, Ethnoarchéologie, Tracéologie

Les activités humaines sont conditionnées par les ressources offertes par le milieu naturel, qu’elles modifient parfois en retour. L’analyse de ces archives biologiques constitue notre angle d’approche de l’histoire des sociétés passées, dont nous documentons les pratiques et les paysages.

L’équipe GReNES possède une expertise dans les champs de l’archéobotanique (anthracologie, phytolithes, xylologie, avec des développements en dendro-anthracologie et en analyses isotopiques), de l’archéozoologie (avec des compétences rares concernant l’avifaune et les micromammifères et des développements en cémentochronologie et morphométrie géométrique), de la géoarchéologie agraire et hydraulique (micromorphologie, sédimentologie, paléohydrologie, pédologie), de l’archéochimie des composés organiques. Pour tous les types de restes considérés (végétaux, faune, composés organiques amorphes, sols) les approches isotopiques se généralisent pour retracer l’origine des substances naturelles, les paléoclimats, les pratiques agraires ou alimentaires, les mobilités…

Les grands enjeux scientifiques de l’équipe sont (i) d’évaluer le degré de dépendance des sociétés humaines à leur environnement lorsque celui-ci subit des changements (crises, adaptation, mutation, résilience, ou indépendance des processus); (ii) d’identifier les spécificités de la gestion des ressources (depuis leur acquisition jusqu’aux processus et techniques de transformation) en tant que trait culturel des sociétés, composante à part entière de leur identité.
Les travaux se déploient sur une chronologie longue (du Paléolithique moyen aux périodes historiques) et sur des aires géographiques diverses (France, Sibérie, Proche-Orient et péninsule Arabique, Chili, Amérique centrale, Afrique du Sud), leur spécificité résidant dans l’articulation des approches archéologiques, expérimentales et ethnoarchéologiques.

Axes de recherche

Les recherches de GRENES se déclinent selon un axe méthodologique, 3 axes thématiques et un axe transversal. Elles sont largement interfacées avec les travaux des équipes STEP et DYNAPP concernant le statut des sites et les territoires, l’anthropisation et le développement des anthroposystèmes, la gestion et la transformation des ressources hydriques et biologiques.

Axe méthodologique : Méthodologie, collections et référentiels
Les travaux de l’équipe se fondent sur des collections de comparaison naturalistes mises en place de longue date et en constante amélioration : anthracothèque, ostéothèque, palynothèque, phytolithothèque… GReNES collabore aux bases de données bioarchéologiques nationales et internationales (GDR Bioarchéodat, GDR Chasséolab) et développe une plateforme d’imagerie 3D pour les squelettes d’ongulés ainsi qu’un référentiel isotopique des bois. Le recours, de façon conjointe, à l’ethnoarchéologie et à l’expérimentation est une caractéristique forte des travaux développés par l’équipe. Cette approche permet de comprendre les pratiques, les gestes, les usages, mais aussi leurs conséquences sur le signal bioarchéologique. Des missions d’observations ethnobotaniques en milieu sub-arctique (ETAPAS), des expérimentations autour de la production de goudrons et exsudats végétaux (Exsudarch, betaDB) ou de l’enregistrement dans la céramique du contenu de poteries, des référentiels de sols cultivés viennent en appui à l’interprétation des données archéologiques. Depuis sa création, GReNES porte aussi un intérêt particulier à la taphonomie des restes biologiques, de l’échelle macroscopique à l’échelle moléculaire, depuis leur collecte, leur transformation et leur utilisation par les sociétés du passé jusqu’à leur prélèvement et leur étude au laboratoire.
Axe thématique 1 : Changements environnementaux et modes de subsistance dans les systèmes faiblement anthropisés (Paléolithique moyen – Néolithique)

L’équipe GRENES s’intéresse plus particulièrement à l’évolution du milieu et des pratiques au cours des périodes de transition, culturelle ou environnementale, qui est un thème fédérateur de l’Académie 5 de l’IDEX-JEDI (lien vers académie 5).

 Changements climatiques et évolution des écosystèmes au Pléistocène et à l’Holocène 

Le matériel d’origine végétale ou animale retrouvé en contexte archéologique nous permet d’évaluer le rôle des changements environnementaux sur l’évolution et l’adaptation des systèmes humains, et ainsi rechercher les périodes de transition au cours desquelles les sociétés ont été amenées à modifier leurs stratégies de subsistance, et par conséquent leur organisation socio-économique.

Stratégies d’exploitation des ressources et territoires

Les recherches s’appuient sur des outils bioarchéologiques classiques mais aussi sur des méthodes en développement pour réfléchir au calendrier et au territoire de chasse (cémentochronologie, isotopes du strontium), à la mobilité des groupes et au statut des sites (signatures anatomiques, chimiques des charbons de bois), à la gestion des ressources combustibles dans des environnements en transition entre steppe et forêt (anthracologie, xylologie, phytolithes) ou aux comportements de subsistance, notamment ceux préfigurant une économie de production chez les premières sociétés sédentaires (domestication des animaux et des végétaux : biométrie, génétique, phytolithes, paléopathologies animales et humaines).

Axe thématique 2 : Fonctionnement et évolution des socio-écosystèmes (Néolithique – Antiquité)

Résultant des interactions – plus ou moins planifiées par un système de gouvernance - entre systèmes écologiques, économiques et socio-anthropologiques, les socio-écosystèmes se mettent en place à partir de la pleine néolithisation. Pour approcher leur fonctionnement et leur évolution, GReNES privilégie les approches systémiques et les études multi-paramètres, la plupart du temps en diachronie.

Systèmes agraires et techniques agricoles dans les milieux contraignants (milieux arides et leurs marges, zones tropicales).

Milieux contraignants pour les sociétés agraires, les régions arides (Proche Orient, Péninsule arabique) sont des terrains privilégiés pour étudier les interactions Hommes-Milieux, et plus particulièrement les mécanismes du développement de véritables agrosystèmes complexes, durables et productifs. Dans les hydro-agrosystèmes que sont les oasis, notre démarche intègre des approches géochimiques originales (analyses élémentaires, isotopiques, recherche des lipides fécaux, physico-chimie des sols) à la géoarchéologie agraire et hydraulique (ANR OASIWAT).

Systèmes agro-sylvo-pastoraux dans la moitié sud de la France

Dans le Sud de la France, les systèmes d’élevage mis en place par les communautés paysannes à partir du Néolithique impliquent une exploitation raisonnée du territoire qui conditionne la gestion de nombreuses ressources naturelles. Archéozoologie, anthracologie, archéologie biomoléculaire permettent de tracer l’exploitation de diverses substances naturelles (animaux, végétaux, produits de la ruche, substances aquatiques…). Des méthodes innovantes (cémentochronologie, morphométrie géométrique) visent à  révéler le calendrier d’abattage des animaux (Cementaa) ou les morphotypes des animaux domestiques, pour mettre en lumière la diversité des cheptels et les spécificités géographiques. L’étude multi-proxies (phytolithes, pollen, isotopes stables, ADN des sols, anthracologie, archéozoologie, carpologie) des accumulations coprogènes (fumiers), cherche à préciser la composition des troupeaux et la place de l’élevage au sein du système agricole (fumure des sols, alimentation du bétail) (Coproarchéo), alors que la dendrologie sur charbons de bois révèle les stratégies de gestion des peuplements forestiers.

Axe thématique 3 : Acquisition, gestion, transformation et usages des ressources naturelles

Grâce à son importante palette de référentiels, l’équipe GRENES a une expertise dans la caractérisation des matières d’origine biologique utilisées par les sociétés passées et dans la compréhension des chaînes opératoires mobilisées pour leur transformation et leur utilisation. L’intégration de ces données dans un cadre paléoenvironnemental et socio-économique permet de poser des hypothèses sur les stratégies de gestion et d’acquisition de ces matières brutes ou transformées.

Les usages du bois et des produits dérivés

GReNES possède une longue expérience dans l’étude des systèmes économiques et techniques de la production de chaleur, de la gestion du combustible au fonctionnement des foyers. L’économie du bois de feu et ses implications en termes d’organisation sociale sont déclinées sur une large chronologie et des contextes biogéographiques et chronoculturels variés. Parfois, la pénurie de bois, des contraintes techniques ou des prescriptions culturelles peuvent amener à privilégier d’autres types de combustibles (paille, tourbe, bouse, os…) qui sont recherchés grâce à des marqueurs spécifiques (phytolithes, sphérolites…). L’équipe GRENES s’attache à révéler également les autres usages des matériaux ligneux (architecture, fabrication d’objets, fourrage d’arbre, colorants…), grâce à des sites montrant une conservation exceptionnelle des restes organiques (Mésolithique, Pologne) ou en recherchant leurs traces dans des vestiges incendiés (Protohistoire, Languedoc et Provence). Au-delà du bois, sont également considérés les exsudats et goudrons végétaux dont l'exploitation est complémentaire de la matière ligneuse mais qui relèvent de modalités de récolte et de gestion et de systèmes techniques spécifiques.

L’utilisation des ressources animales : marqueurs sociaux, culturels et techniques

Les aspects socio-culturels de l’alimentation carnée sont abordés du Néolithique à l’époque Historique en France et au Proche Orient/Péninsule Arabique, à travers des recherches sur les systèmes d’élevage, l’exploitation et la consommation des espèces domestiques, du gros et petit gibier (dont l’avifaune) et des poissons. La caractérisation chimique et isotopique de molécules extraites de contenants céramique permet d’évaluer la part des ressources marines et terrestres dans l’alimentation. Nous cherchons également à préciser la place des déjections animales dans les systèmes techniques (matériaux de construction, combustible) et agro-pastoraux (amendements, fumure). La chaîne opératoire de la transformation des matières dures d’origine animale est abordée par l’étude d’objets en bois de cerf de la transition Antiquité tardive/haut Moyen Âge.

Gestion des ressources hydriques dans les systèmes contraignants

De nombreux terrains investis par GReNES se caractérisent par des ressources hydriques peu disponibles, peu accessibles, insuffisantes et/ou saisonnières. La compréhension des systèmes et techniques hydrauliques passe par la connaissance de l’origine de la ressource (superficielle/souterraine), de sa disponibilité, de la finalité et des modes de son exploitation (drainage, irrigation, stockage). Les méthodes de la géoarchéologie, soutenues par celles de la géochimie et les apports des observations de terrain et des données paléoenvironementales (climat, végétation) permettent d’abonder cette thématique, notamment dans les systèmes d’oasis de la péninsule arabique et dans les agro-systèmes mayas.

Axe Transversal : marqueurs de la saisonnalité et des mobilités

La saisonnalité et la mobilité des activités et des ressources, qui se traduisent par la saisonnalité des occupations et la mobilité des groupes, sont particulièrement difficiles à mettre en évidence. Par des approches très variées, l’ensemble des chercheurs de l’équipe GRENES alimente la construction de ces modèles spatio-temporels. Dans les années à venir, des méthodes novatrices (cémentochronologie, dendrologie sur charbon) apporteront des réponses en terme de cycles économiques (pastoral, sylvicole). L’exploitation des ressources saisonnières (eau, gibier, productions végétales et animales), l’état phénologique des végétaux (bois vert/sec/mort ; graminées « en vert »/sèches) ou les variations de l’alimentation animale donneront des indications en termes de calendrier. Animaux, plantes et substances exploités définissent le territoire parcouru, les isotopes du strontium enregistrent les déplacements des animaux. L’ensemble de ces données alimentera les hypothèses sur le statut des sites, les modes d’occupation et l’organisation dans le temps/dans l’espace des activités des groupes humains.

Composition équipe

 

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