Olivier Langlois

CR, CNRS

Généralités

Depuis quelques années, ma recherche comporte deux volets. Jusqu’au milieu des années 2010, elle portait intégralement sur l’histoire récente du bassin tchadien méridional (thème 1). La dégradation des conditions de sécurité causée par l’insurrection de la secte Boko Haram m’a amené à étendre mon activité à une seconde région, la moyenne vallée du Nil, où je m’intéresse à une période, beaucoup plus ancienne. C’est ainsi que, depuis 2014, je participe à la coordination d’un programme consacré aux dernières sociétés préhistoriques (en l’occurrence néolithiques et pré-kerma) de Haute-Nubie (nord du Soudan ; thème 2).

Thèmes de recherche

Thème 1 : Archéologie historique dans les savanes soudaniennes d’Afrique centrale

Le peuplement et les sociétés des savanes soudaniennes d’Afrique centrale ont été profondément affectés par les multiples événements et processus (politiques, migratoires, culturels, climatiques, sécuritaires, sanitaires…) qui ont marqué les derniers siècles. La plupart des régions concernées n’étant renseignées par des sources écrites qu’à partir du XIXsiècle, ce passé récent – auquel nous avons surtout accès à travers des sources orales qui, souvent, témoignent de l’ampleur des changements intervenus durant la seconde moitié du deuxième millénaire – demeure encore bien obscur. Ma recherche vise à porter l’éclairage de l’archéologie sur le passé précolonial de l’une de ces régions soudaniennes, située sur les confins méridionaux du bassin tchadien : nord du Cameroun, sud du Tchad et nord-est du Nigéria. Elle intéresse tout à la fois l’histoire des sociétés et celle des milieux qu’elles ont exploités et transformés selon des modalités très variées. Les études engagées s’appuient, autant que possible, sur les sources orales et sur les informations ethnographiques et géographiques disponibles, l’objectif étant de croiser ces différentes sources pour en faire émerger de la connaissance historique, notamment en mettant à profit les multiples opportunités méthodologiques offertes par ces contextes.

Une approche holistique, des axes privilégiés : Les sociétés soudaniennes contemporaines rendent compte d’une interpénétration des sphères sociale, économique, technique, religieuse… telle qu’il serait illusoire d’espérer les comprendre autrement que dans leur globalité. Les sociétés qui les ont précédées, et dont elles sont issues, partageaient sans nulle doute cette caractéristique. Comme leurs héritières, elles demandent donc à être abordées en adoptant une approche holistique, ce qui suppose de diversifier autant que possible les thématiques de recherche, comprises comme autant de fenêtres ouvertes sur les sociétés anciennes à éclairer. Plusieurs thématiques, particulièrement importantes dans le contexte régional, et qui ont déjà fait l’objet d’études spécifiques (cf. bibliographie), peuvent ainsi être citées :
  • Histoire sociale (processus de hiérarchisation, endogamie des « forgerons », histoire de chefferies anciennes),
  • Systèmes techno-socio-économiques (métallurgie du fer),
  • Occupation/organisation de l’espace (inter-site et intra-site),
  • Systèmes de subsistance et agrosystèmes,
  • Histoire des techniques et de leurs produits (poterie, métallurgie, vannerie, préparations alimentaires, sel de potasse),
  • Histoire du peuplement,
  • Pratiques funéraires et religions,
  • Insécurité,
  • Histoire des paysages et anthropisation des milieux (dynamique de la végétation ligneuse),
Deux régions d’études : Les travaux archéologiques engagés dans le cadre de ce thème ont essentiellement porté surdeux régions du nord du Cameroun aux conditions climatiques, biogéographiques et démographiques contrastées : (1) les piémonts orientaux des monts Mandara et les plaines adjacentes (région de l’Extrême-Nord) ; (2) la haute vallée de la Bénoué (région du Nord), et plus particulièrement le massif de Djaba (ou Hosséré Djaba) et ses environs, aujourd’hui partie du Parc National de la Bénoué. Si l’exploitation des données acquises donne encore lieu à de nouvelles publications, aucune nouvelle recherche de terrain n’est prévue en raison de l’insécurité qui affecte la zone depuis le début des années 2010.

Thème 2 : L’évolution des sociétés de Haute-Nubie (Soudan), du Néolithique Moyen au Pré-Kerma (Ve et IVe millénaires BCE)

Au cours des Ve et du IVmillénaires BCE, le Northern Dongola Reach, une section de la moyenne vallée du Nil située au nord de la ville de Dongola (Soudan), a été le cadre d’importantes évolutions culturelles, économiques et sociales : passage du Néolithique au pré-Kerma ; rôle croissant de l’agriculture ; complexification sociale… Ces évolutions, en lien avec un assèchement du climat, s’inscrivent dans un processus plus général qui, quelques siècles plus tard, conduira au royaume de Kerma (Yam). Bien qu’elles initient un processus qui, à l’échelle du continent, connaîtra des développements sans autres équivalents que ceux intervenus dans l’Égypte voisine, ces évolutions restent mal connues. Cette méconnaissance a de multiples causes : un manque de publication des fouilles anciennes ; un désintérêt pour des sites d’habitat hâtivement considérés comme détruits ; une quasi-absence d’information concernant le IVe millénaire, une période, souvent considérée comme un « gap », qui fut le cadre de changements majeurs… Depuis 2014, dans la perspective de mieux comprendre ces évolutions, une série de travaux a été engagée dans le cadre du programme Kadruka (cf. lien), une mission archéologique de la SFDAS (Section Française des Antiquités du Soudan), initialement financée par le QSAP (Qatar Sudan Archaeological Project) et aujourd’hui soutenue par le MEAE (Ministère des Affaires Etrangères et de l’Europe ; MaFSaK : Mission archéologique Franco-Soudanaise à Kadruka ; dir. : Pascal Sellier). Placé sous la responsabilité collégiale de deux archéologues (Olivier Langlois, CEPAM et Philippe Chambon, Eco-anthropologie) et d’un anthropologue (P. Sellier, Eco-anthropologie), ce programme, réunit de nombreux chercheurs et étudiants rattachés à différents laboratoires (CEPAM, Eco-anthropologie, ArScAn…). Dans ce cadre, mon activité porte plus particulièrement sur la compréhension de la distribution et de l’organisation des rares implantations néolithiques et pré-Kerma (settlements pattern) encore épargnées par les labours, sur l’étude de la céramique (en collaboration avec Gilles Durrenmath, CEPAM), et sur la publication du cimetière KDK1 (fouilles : Jacques Reinold). Bibliographie, Olivier Langlois (Word)


Extrait de la production scientifique (HAL)

Filtrez par type

Ou filtrez par année